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La Scena Musicale - Vol. 8, No. 5

Les sentiers du du jazz - Humeurs du Nouvel An

Par Marc Chénard / 2 janvier 2003

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Selon la coutume, le début d'une nouvelle année marque toujours un moment d'arrêt, question de jeter un dernier regard vers l'arrière pour ensuite reprendre la route de plus belle. En janvier, nombre de périodiques effectuent l'inévitable revue de l'année, si ce n'est que de dégager des faits marquants des douze derniers mois. En musique, par exemple, le mélomane est confronté par les listes obligatoires d'enregistrements préférés des chroniqueurs, phénomène qui reflète davantage les subjectivismes individuels que la conjucture de la musique comme telle.

Comme tous les autres magazines, la publication américaine Jazz Times a publié un dossier au regard plus large sur la situation du jazz en 2002. La partie la plus intéressante de cette section spéciale concerne l'industrie de la musique, vue par nombre de ses intervenants qui, eux, soulignent quelques faits particulièrement importants. Parmi les points soulevés, relevons l'importante décision des majors de larguer le jazz au large et ses singulières conséquences. Bien que ce malaise ne soit pas neuf, il appert que ces transnationales de la culture ont décidé de miser plus encore sur la réédition de catalogues anciens, et ce, au détriment de certains de leurs poulains, voire de quelques intouchables. Chez Warner, pour ne citer que ce cas extrême, l'étiquette Atlantic a été sabordée complètement, mettant ainsi sur le pavé deux de ses bonnes valeurs, le crac du saxophone James Carter et le pianiste Cyrus Chestnut. Plus décisif encore, le non-renouvellement du contrat de nul autre que Wynton Marsalis par la division jazz de Sony a fait hausser quelques sourcils à son annonce. Compte tenu de ses ventes insatisfaisantes pour la compagnie et de ses exigences monétaires, selon la rumeur, le divorce était inévitable, après une association de plus de 20 ans. Ce fut également le cas de son frère saxophoniste Branford, qui a fondé sa propre étiquette de disque depuis (Marsalis Music).

Toujours est-il que cette situation semble quelque peu ironique car, en 2000, M. Wynton se pavanait sur le petit écran et se faisant le héraut du « Jazz » dans la série vivement débattue du même nom. Pendant plus de quinze heures, celui-ci faisait l'éloge de cette musique, mais à la glorifier tellement au temps passé, le public a fini par croire que le jazz était une belle et bonne musique, d'un autre temps et d'une autre époque. Ce faisant, faut-il alors se surprendre que les rééditions se vendent comme des petits pains chauds (et que les majors s'en régalent, car ils ont bien moins de frais à encourir)? C'est ainsi que monsieur M. s'est fourvoyé à son insu en essayant de se faire le chantre d'une soi-disante renaissance du jazz comme art populaire en y glorifiant son passé de manière outrancière (sans oublier non plus l'exécution sommaire de son histoire récente, comme certains s'en souviendront dans ce dernier épisode fort contreversé). Mais d'aucuns n'ont à se soucier de son avenir, il a de quoi tenir la route pendant longtemps et sa tournée avec ses frères et son paternel (avec un arrêt ici en ville au Spectrum le 25 février, gracieuseté de notre cher Festival) nous offrira l'occasion d'être emporté dans sa machine à remonter le temps, en toute douceur... et banalité aussi.


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(c) La Scena Musicale 2002