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La Scena Musicale - Vol. 6, No. 5

Le monde enchanté des agents

Par Anaïk Bernèche / 1 février 2001

English Version...


Quel est le rôle d'un agent.? Est-il préférable de faire partie d'une petite ou d'une grande agence.? Peut-on réussir sans agent.? Voilà quelques questions que La Scena Musicale a voulu éclaircir pour vous.

Dès sa sortie de l'université ou du conservatoire, l'étudiant en musique est immédiatement confronté à l'un des mythes les plus persistants au sujet des agents.: « Tous les bons agents sont à New York. » C'est faux, affirme Mary Ingraham, la fondatrice de ICRM Corp. (Ingraham Cultural Resources Management Corporation), une agence de Vancouver. Plusieurs agences sont établies au Canada, dont certaines se spécialisent dans les chanteurs, comme Dean Artists de Toronto, Colwell Arts Management de New Hamburg (près de Toronto), Gossage Artist Management d'Ottawa, Agence Mulè et ICRM Corp. de Vancouver. « L'agent peut habiter n'importe où, ajoute madame Ingraham, en autant que son bureau soit muni d'un téléphone, d'un télécopieur, d'un répondeur et de courriel. L'artiste, par contre, doit soit habiter dans un grand centre, soit pouvoir voyager d'une grande ville à l'autre. » Vivre à proximité d'un aéroport semble être la solution idéale. Grâce à l'ouverture du marché, les billets d'avion ne coûtent plus les yeux de la tête.; on peut trouver de réelles aubaines chez des transporteurs aériens tels Canada 3000, la ligne Royal, WestJet, sans compter les fréquents rabais des grands transporteurs.

Grosse ou petite.?

Est-il préférable d'appartenir à une grosse agence ou à une petite.? « Cela dépend du chanteur, répond madame Ingraham. Certains chanteurs ont besoin d'une attention individualisée, surtout au début de leur carrière, c'est-à-dire pendant les trois premières années qu'une agence doit consacrer à établir la visibilité de l'artiste. » Cependant, les artistes dont la carrière a déjà pris son envol et qui ont besoin d'un marketing plus dynamique pour s'imposer sur la scène musicale pourraient songer à joindre les rangs d'une grosse agence.


L'agent voit à ce que le client reçoive ce qui lui est dû, s'assure de conditions de travail équitables et protège des gens peu scrupuleux.


Une fois le contrat signé, la première chose que l'agence (petite ou grande) demande au nouveau client est de rassembler tout le matériel à distribuer aux producteurs, compagnies d'opéra, orchestres, etc. Le matériel requis comprend un curriculum vitæ, des notes biographiques, des coupures de presse, des critiques, une photo 8 sur 10 en noir et blanc sur papier glacé, une cassette, un CD ou encore une cassette vidéo. Toutes ces dépenses sont aux frais de l'artiste et peuvent représenter plusieurs centaines de dollars pour les photos ou un CD. Sans compter le coût des billets d'avion pour se rendre aux auditions, la première année peut coûter de 2000 $ à 10.000 $, comme c'est le cas pour l'une des grandes agences de New York. Et ces dépenses ne comprennent pas encore les acomptes versés à l'agence (de 100 $ à 800 $ par mois) ni les commissions de 10 à 20 % sur les cachets.

Quand est-il temps de chercher un agent.? « Le quand est comparable au pourquoi », lance la présidente d'ICRM. Quand les engagements se multiplient, quand une saison est remplie d'avance, l'artiste n'a plus le temps de s'occuper de la paperasse. De plus, peu d'artistes possèdent les aptitudes de marketing nécessaires à l'avancement de leur carrière, et encore moins d'entre eux ont les contacts indispensables pour ouvrir les portes réservées aux artistes représentés. En fait, la plupart des artistes confient allégrement le fardeau administratif à l'agent — et certains se font un point d'honneur d'en avoir un.

L'agent, qui, on l'espère, est plus versé en affaires que l'artiste, voit à ce que le client reçoive ce qui lui est dû, s'assure de conditions de travail équitables et le protège des gens peu scrupuleux (telle une compagnie d'opéra qui vend des billets pour une générale et par ce procédé obtient une prestation gratuite de l'artiste).

Le pour et le contre

Il reste que les agents représentent des artistes pour faire de l'argent, comme le signale Mary-Jane, une mezzo-soprano qui habite New York.: « Il faut vraiment garder les yeux bien ouverts. Depuis trois ans, j'ai payé au-delà de 5.000 $US à mon agent et les engagements que j'ai eus, je les ai obtenus par moi-même, sans aide aucune de mon agent — qui a pourtant récolté ses 15 % sur chaque engagement. » Malgré sa désillusion, Mary Jane continue d'appartenir à cette agence parce que, dit-elle, « il vaut mieux avoir un agent que rien du tout ».

Évidemment, un artiste peut retrousser ses manches et faire tout le travail lui-même, mais peu d'artistes trouvent le temps de s'occuper d'une telle gestion tout en poursuivant une carrière de chanteur. Néanmoins, celui ou celle qui choisit d'être son propre agent devra utiliser les mêmes ressources qu'un agent.

Un outil indispensable est le Musical America, un répertoire exhaustif comprenant chanteurs, instrumentistes, agents, concours, maisons d'opéra, orchestres, compagnies de danse, écoles de musique, festivals et bien d'autres, publié chaque année en décembre (plutôt dispendieux, à plus de 100 $US). On peut se le procurer chez Patelson's (un magasin de livres et partitions de musique de New York, tél. (212) 582-5840) ou le consulter dans toutes les bonnes bibliothèques de musique. Un autre excellent ouvrage de référence s'intitule Making Music in Looking Glass Land (17,95 $US plus les frais d'expédition et de manutention) publié par la Concert Artist Guild (tél. (212) 333-5200). Sans oublier les magazines et autres publications consacrés à l'art lyrique, tels que Classical Singer, Opera News, Opera, ainsi que La Scena Musicale. Voilà autant d'outils qui vous seront utiles dans vos démarches.


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