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La Scena Musicale - Vol. 6, No. 10

Marie-Nicole Lemieux cigale.… et fourmi!

Par Wah Keung Chan / 1 juillet 2001

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R encontrer la contralto Marie-Nicole Lemieux, c'est tomber sous le charme. En personne, elle déborde de gaieté. Si elle n'avait pas été appelée par le chant, elle aurait pu, grâce à son rire franc et contagieux, être une excellente animatrice à la radio ou une éducatrice — ce qu'elle a déjà été. Mais le chant lui a fait signe. Sur scène, la chanteuse séduit tant par un sens inné de la ligne musicale et sa présence que par la clarté et la beauté de son timbre.

Le mois de mai 2000 aura été un point tournant dans la vie de Mlle Lemieux. Comme La Scena Musicale l'avait souligné (juin 2000), elle remporta en moins de trois semaines le Concours Joseph-Rouleau à Montréal et le Concours musical international Reine-Élisabeth à Bruxelles. Lorsque le jury du RE a annoncé le nom de la gagnante, elle en a eu le souffle coupé. Après une année tourbillon qui a vu la parution de son premier disque et une tournée de 30 récitals, elle est maintenant prête à consacrer un premier été complet au circuit des festivals du Canada.

La dernière année en a été une d'apprentissage pour la jeune artiste, âgée de 26 ans. « J'ai appris que j'étais plus solide que je ne le pensais et que j'avais une bonne technique, dit-elle. J'ai vraiment dû me discipliner. Vous savez, j'ai tendance à perdre la voix lorsque je parle trop. » Se discipliner signifie qu'elle évite maintenant tout ce qui peut fatiguer sa voix. Elle utilise donc le courriel plutôt qu'un cellulaire pour communiquer avec ses amis, elle se couche tôt la veille d'un concert, dormant au moins huit ou neuf heures, elle répète en chantant à mi-voix le jour du concert — et elle soigne sa technique d'élocution. Elle prend 1000 mg de calcium chaque jour, sur les conseils d'un laryngologue de Bruxelles. « Le calcium est naturel, il détend et renforce la gorge », explique-t-elle.

« Pour moi, les voyages sont le plus difficile, avoue-t-elle. Il y a les bagages et, surtout, je suis loin de ma famille. En avion, je dois me reposer, garder le silence et boire beaucoup d'eau, mais aucun alcool. Je suis sensible à l'air vicié et aux changements de pression dans la cabine. »

Pour garder la forme, la chanteuse tâche de faire au moins deux séances de natation par semaine. « Quarante longueurs chaque fois. Mais un ami m'a conseillé de ne pas nager la veille et le jour d'un récital, parce que le chlore n'est pas le meilleur ami des cordes vocales. »

Écouter les autres et profiter de leur expérience est une devise qui a bien servi Marie-Nicole Lemieux. Lorsqu'elle a commencé des cours de chant, il y a sept ans, avec Rosaire Simard au Conservatoire de musique de Chicoutimi, elle s'est également initiée au yoga. « Rosaire enseigne la technique yogique de relaxation et de concentration et montre comment placer l'énergie à la bonne place pour bien respirer. Je fais du yoga la veille d'un récital et aussi après, pour me recentrer et rétablir ma concentration. Cela me?renforce et m'aide à dominer la nervosité. Les mantras aident à prendre conscience de son corps et à mener l'esprit dans la bonne direction. »

Il y a quatre ans, la contralto a poursuivi sa formation musicale au Conservatoire de musique de Montréal auprès de la réputée Marie Daveluy. « Ma voix, mon timbre et ma musicalité étaient déjà là. Mme Daveluy a libéré ma voix et équilibré le timbre dans tout mon registre. Surtout, elle m'a enseigné à respecter le texte et à mieux comprendre ce que je chantais. » Après un an, Mme Daveluy a fait réaliser à son élève qu'elle était une contralto plutôt qu'une mezzo. « Ma voix est assez étendue, mais je suis plus à l'aise en bas registre. Nous travaillons à ce que je me voie telle qu'un violoncelle, et cela m'aide énormément. »

Les échecs aux concours ont également fouetté la jeune chanteuse. Au Concours national des jeunes interprètes de Radio-Canada de 1999, elle n'a même pas été finaliste. « Je suis contente que ce soit arrivé, dit-elle. J'étais en pleine forme, mais j'ai été déçue de n'avoir pas tout donné. Et je me suis dit.: plus jamais, plus jamais on ne va me reprocher de ne pas avoir mis tout mon cœur. Maintenant, chaque fois que je monte sur scène, je pense que c'est pour la dernière fois — et la première. »

Depuis la victoire au Reine-Élisabeth, les offres affluent. Après plusieurs auditions, Mme Lemieux a signé un contrat pour les concerts et l'opéra avec l'agence OIA de Paris, dirigée par Jean-Marie Poilvé. « Il est important pour moi de travailler avec quelqu'un que je respecte et qui me respecte, moi et mes décisions. » Et elle ajoute.: « Je trouve difficile le côté affaires du métier. » Poilvé a négocié ses débuts à l'opéra dans le rôle de Cornelia dans le Giulio Cesare de Haendel à la Canadian Opera Company en avril 2002, et ce, sans audition. « J'ai vraiment hâte, dit-elle. La distribution est remarquable. Il y aura Daniel Taylor, Ewa Podles, Isabel Bayrakdarian et Brian Azawa. »

Mme Lemieux juge important d'être bien entourée, surtout en matière de répertoire, et elle compte sur un trio, dont Mme Daveluy, qu'elle peut appeler en tout temps. « Il est essentiel d'avoir de bons conseillers et de les écouter, dit-elle. Mon rêve est de chanter le Chant de la terre de Mahler, l'Orfeo de Gluck (version de Vienne de 1762) et le Samson et Dalila de Saint-Saëns. Quand je serai prête. Vous savez, je suis enjouée de nature, mais j'aime vraiment chanter des airs tristes. »

Ses contraltos et mezzos préférées sont Maureen Forrester (à laquelle on l'a souvent comparée), Christa Ludwig, Helen Watts et Jard van Ness. Parmi les chanteurs d'aujourd'hui, elle aime particulièrement Michael Schade, Ben Heppner, Manon Feubel, Daniel Taylor, Suzie LeBlanc et Karina Gauvin. En écoutant Marie-Nicole Lemieux énumérer ses chanteurs d'hier favoris (Verreau, Jobin, Forrester, Simoneau, Callas, Tebaldi, Leontyne Price, Te Kanawa, Bidu Sayao), l'on sait que ses heures passées dans les musicothèques n'ont pas été vaines, et qu'elle a un goût sûr.

Son plus gros défi est de garder la forme physique et vocale et de respecter tous ses contrats. « La voix est un muscle. Si je l'utilise trop, ça va faire comme du vieux cuir. Je voudrais pouvoir chanter aussi longtemps que possible car je suis comblée par le métier que je fais. » p

Marie-Nicole Lemieux commence son été avec les Ruckert Lieder de Mahler et l'OSM le 28 juin, série « Mozart Plus ». Elle donnera un récital le 30 juin dans le cadre de l'International de l'Art vocal à Trois-Rivières. Le 7 juillet, elle interprétera Les Nuits d'été de Berlioz avec l'Orchestre de la Francophonie canadienne à Québec. Le lendemain, 8 juillet, elle sera à l'église du Très-St-Nom-de-Jésus, accompagnée par l'organiste Louis Allard. Le 14 juillet, elle se joindra au claveciniste Luc Beauséjour au nouveau festival d'Oka Patrimoine en musique. Le 25 juillet, elle ira avec le pianiste Michael McMahon au nouveau Festival de musique de Stratford. Le 2 août, elle traversera à l'Ile d'Orléans pour un récital de mélodies au festival Musique de chambre à Ste-Pétronille. Le 4 août, elle fera partie de la brochette d'invités sélects au concert de la Fondation JMC à Dunham. Voir notre calendrier pour les détails. Marie-Nicole Lemieux participera aussi au Gala 5e anniversaire de La Scena Musicale le 12 septembre.

 


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(c) La Scena Musicale 2002